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Histoire et Patrimoine d'Auriol et de Provence

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#Posté le mercredi 25 janvier 2012 20:36

Modifié le vendredi 27 janvier 2012 20:53

27 janvier 1776 : problèmes de circulation dans Auriol

En 1776, la place d'En-Bas (rue Augustine Dupuy) était encombrée de charrettes... On y trouvait «un nombre de charretes placées plus indecemment et qui empechent les habitants de sortir librement de leur maison» A.C. Liasse DD.139. La CP date de la fin des années 60, quand il s'en passait de belles "à l'arrière des dauphines"...


Le 27 janvier 1776, l'huissier «garde en la conétable jandarmerie de France», résidant en ce lieu, signifia au maire et premier consul d'Auriol la sommation que lui adressait Joseph Antoine DALMAS, bourgeois de Marseille. Cette plainte (écrite sur un ton humoristique) dénonçait l'encombrement de la place d'En-Bas (rue Augustine-Dupuy) et les risques encourus par les Auriolais.

"Par devant nous François BISSAREL, maire et consul de la communauté de ce lieu, est comparu sieur Joseph Antoine DALMAS bourgeois de la ville de Marseille domicillié dans ce lieu, lequel nous a représenté que quelques charretiers de ce lieu affectent de la manière la plus indécente de faire remise de la place ditte d'Embas ; d'après plusieurs accidents il y a eu des plaintes portées à M(onsieu)r le procureur jurisdictionnel" ;

"Le comparoissant, à la sollicitation des plus incommodés, luy tint un acte par lequel il le prioit de vouloir bien obvier à un abûs de cette importance. Qu'ont-elles produit ces démarches ? des cris réitérés du trompete de la communauté (ordonnés par le procureur jurisdictionnel), des huées de la part des trois quarts des païsans, un plus grand nombre de charretes placées plus indécemment et qui empêchent les habitants de sortir librement de leur maison, des personnes qui se hurtent et blessent le soir ; des habits tachés de cambouï et de boüe, etc., etc".

"Le comparoissant qui a le malheur d'avoir la vüe basse s'est blessé plusieurs fois et peu s'en est fallû qu'il se soit rompu cou et jambes, sans avoir pû obtenir ainsy que bien d'autres, que la triste satisfaction d'envoyer (intérieurement) les charretes et le procureur jurisdictionnel à touts les diables".

"Le comparoissant rencontra le jour d'hier 26 : du courant Mr le procureur jurisdictionnel chez Mr MARLOY perruquier et là en présence de témoins luy réitéra les plaintes, persuadé par tout ce qu'il s'est passé que c'étoit un cas de police qui regardoit le procureur jurisdictionnel, mais ce dernier s'en débarrassa disant qu'il a reçû depuis peu une lettre de Mr VITALIS, agent du Seigneur, par laquelle il luy ordonne de ne plus s'en mêler et que cella regarde Messieurs les Consuls".

"Ce qui oblige le comparoissant d'avoir recours à nôtre vigilance, très persuadé que nous serons plus touchés du bien public et que nous voudrons bien donner nos ordres pour qu'à l'avenir on ne fasse plus remise de la place d'Embas et que dans le cas où quelques voisins voulu(ssen)t y charger sa charrete et partir dans la nuit, qu'il luy soit ordonné d'y attacher une lanterne ou fallot, sous telle peine qu'il nous avisera pour les contrevenants, à quoy conclut et a signé"
"DELMAS".

En réponse, le maire fit valoir que ce problème n'était pas de son ressort.

Il avait, en effet, dû faire publier «dans le même cas, de la part du Roy (...) que ce droit lui appartenait». Et voilà que, ce même 27 janvier, les propriétaires de charrettes présentaient de leur côté une requête. Ils avaient été verbalisés ! Condamnés chacun à une amende de 6 livres pour stationnement abusif, ils demandaient aux consuls de leur désigner un endroit où, à l'avenir, ils pourraient laisser leurs charrettes en toute sécurité. Voir le texte ci-après.

"Personne n'ignore que le commerce est une branche du Royaume que l'état autorise et protège. Sous ce fondement, Pierre GROS, Jean Joseph CHAFFARD, Joseph BOSQ, Joseph GUIGOU, Jean IMBERT, Joseph BLANC, Joseph PASCAL dit Vanaïré, et adhérents, tous ayant des charettes (...) exposent à Messieurs les Maire et Consuls de ce dit lieu, qu'ils plaçoient leurs charretes dans le village aux endroits qui leur paraisoient le moins incommode".

"Cependant sur des pleintes qui furent portées à monsieur le procureur juridictionel que la plupart des dittes charrettes incommodoient le public pendant la nuit, les exposans à raison de ce furent condamnés à une amande de six livres chacun qu'ils ont payé(e)".

"Pour n'être plus dans le même cas, les exposans s'adressent à vous, messieurs les maire et consuls, comme ayant droit de veiller à la sureté publique et en même temps au maintien, et protéger tout ce quy intéresse le commerce pour qu'il vous plaise assigner des endroits, ainsy qu'il est d'uzage dans les villes, où les exposans pourroi(en)t placer leurs charrettes dans l'enceinte du village et prévenir par là tout inconvénient à l'avenir. Sous l'offre qu'ils font d'avoir tous l'attention de tenir de la lumiaire, pendant la nuit, sur leurs dittes charrettes lorsqu'ils seront obligés de les charger ou décharger audevant de leurs maisons ; ou à tout autre endroit où elles pourroient nuire au public et ont signé ceux quy l'ont scu".
Signé : J.-J. CHAFFARD, Joseph BOSQ».


-----------------------------------
Remarque : l'existence de ce texte que nous avons pu retrouver (liasse DD. 139) a été signalée par Maurice RAIMBAULT dans son Inventaire sommaire des Archives d'Auriol avant 1790.
Txt et ill. MG
Tags : Ancien régime, Vieil Auriol
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#Posté le samedi 19 décembre 2009 05:36

1740 - Ver à soie / district de Roquevaire

1740 - Ver à soie / district de RoquevaireIll. : Paysage d'automne. Au domaine de Tournon, à La Bouilladisse, une belle allée de mûriers rappelle l'existence en ce lieu, sous l'Ancien Régime et plus tard, d'une importante magnanerie.

La sériciculture tenait une place de choix dans l'économie d'Ancien Régime avec un paysage rural marqué par l'omniprésence de mûriers, le long des chemins et dans les campagnes. Le texte que nous livre ci-dessous Marcel GUIGOU, qui rend compte de « la manière dont on fait la soie à Roquevaire et dans son district », a sans doute été rédigé par les services de M. NEGREL-BRUNY, subdélégué de l'Intendant à la demande de ce dernier.
 
A l'approche du printems, on met a couver les œufs de ver à soie en les portant sur soi ou en les plaçant entre deux matelas dans les appartements chauds. Quand les vers, qui sont presque imperceptibles, sont éclos de ces œufs, on les enferme dans une boette sur laquelle on ajuste une feuille de papier piquée et sur le papier on parsème le semis des meuriers. Les petits vers passant a travers la piqure du papier se jettent incontinent sur le feuillage qui est leur nourriture ordinaire. Devenus insensiblement gros après un certain accroissement, ils dorment profondément pendant trois ou quatre jours. Après ce long sommeil qui est pour ces espèces une sorte de léthargie, ils muent et après avoir quitté leur peau, ils grossissent beaucoup.
 
Selon le besoin, on leur donne de la nouvelle feuille et a mesure qu'ils grossissent, on les transmet en différents lieux sur des claies ou sur des ais destinés a cet usage. Il faut les suspendre pour cette translation sur le feuillage du meurier. Transmis pour une première fois dans une nouvelle boette ou sur une claie, ils mangent durant huit jours. Après quoy ils retombent dans le sommeil qui dure trois ou quatre jours. Ils muent de nouveau, et a leur réveil, on les change encore d'habitation, c'est à dire que devenus plus gros, il faut les transmettre et les reposer sur différents ais ou sur différentes claies, et cela fait jusques a quatre fois pour les conduire a leur perfection.
Cette perfection, on la reconnoit lorsque la structure du ver est devenue transparente. On le place pour lors dans de petites cellules ou cabanes que l'on construit avec du tin (thym), du romarin ou autres bois odoriférants. L'odeur des arbrisseaux attirants le ver, il grimpe dessus et s'y choisit une place où on le voit serpenter d'un côté a un autre ; et conduisant un fil presque imperceptible qui sort de sa bouche, il en forme insensiblement autour de lui une manière de peloton un peu plus gros que l'œuf du pigeon dans lequel il s'enferme comme dans un tombeau qu'il s'est fabriqué ; et le peloton qu'on nomme vulgairement un coucon est la matière de la soie. On l'y laisse pendant huit jours et après ce terme on arrache le coucon attaché a l'arbrisseau.
 
Quand on veut que le ver a soie donne des œufs, qu'on appelle vulgairement graine de ver a soie, on le laisse en liberté et en peu de jours, il sort du coucon après l'avoir ouvert lui-même et paroit au jour un papillon blanc. Le coucon percé par le ver ou le papillon n'est plus propre pour la soie. On en tire seulement de la filoselle.
Pour avoir la soie, il faut faire mourir le ver dans son coucon. C'est pourquoi on les expose a la fumée de l'eau bouillante dans une chaudière placée sur un fourneau ; ou on les jette, c'est-à-dire les coucons dans un four a cuire le pain. Lorsque la grande chaleur est passée c'est par là que le ver est étouffé dans sa coque.
 
L'on met ensuite les coucons étouffés dans une chaudière remplie d'eau tiède qu'on entretient au moïen (moyen) d'un petit feu. Par-dessous, on remue avec une bruissette, les coucons nageants sur la surface de l'eau tiède. On en prend le fil, c'est a dire qu'on joint ensemble plusieurs fils de divers coucons que l'on met sur un tour que l'on fait tourner par un jeune enfant. Et l'on voit la soie venir de suite, les pores du coucon étant dilatés par la vertu de l'eau tiède dans laquelle il trempe.
 
L'on fait trois espèces de soie : a la première, on y met le fil de six ou sept coucons ; a la seconde ou mitoïenne, de huit ou neuf ; a la dernière, de douze ou de treze. » (AD 13 – C 2301)
 
Remarques :
-« On mettait à couver les œufs de ver à soie en les portant sur soi » : Les femmes âgées étaient chargées de cette mission : elles portaient sur elles le petit sachet contenant la « graine » qu'elles faisaient arriver à maturation à la chaleur de leur corps.
-Témoignage : « A cela s'ajoutait l'élevage des vers à soie. On faisait quatre onces de « graine », ce qui était beaucoup !* Il en fallait des feuilles de mûriers ! Et de plus en plus au fur et à mesure que les vers faisaient leurs mues. Quand j'entrais dans la magnanerie, j'étais toujours impressionné par le bruit incroyable de la mastication des milliers de magnans qui se goinfraient : on aurait dit qu'il pleuvait ! Pour les opérations de décoconnage, tout le monde s'y mettait. J'ai le souvenir d'un travail fastidieux. Il fallait faire attention en détachant les cocons des branches de bruyère où ils étaient accrochés. Ensuite, les cocons étaient transportés en chariot à l'étouffoir d'Aubenas [la scène se passe en Ardèche] où on les passait à l'étuve.** (Elisée Pailhès in « Almanach Ardèche & Drôme 2007 »)
* Une once équivaut à 30 grammes de « graine » d'œufs (pondus par le papillon du mûrier blanc, le bombyx). Chaque gramme pouvant donner à maturité plus d'un millier de chenilles, 4 onces représentaient donc, bon an mal an, une grosse production d'environ 350 kg de cocons sélectionnés. L'éclosion des œufs devait impérativement coïncider avec la pousse des feuilles de mûriers.
** A l'étouffoir, on asphyxiait les chrysalides de bombyx avant qu'elles ne s'extirpent de leur prison pour éclore en papillons. Dans le cas contraire, en s'échappant du cocon, chaque insecte parfait aurait coupé le fil de soie (d'environ un kilomètre de longueur) constituant le cocon qui l'enveloppait.
 
Tags : Traditions
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#Posté le mercredi 11 janvier 2012 03:44

Modifié le mercredi 18 janvier 2012 01:48

Mais qu'est-ce qui pousse l'abbaye de Saint-Victor à Auriol ? (1)

Mais qu'est-ce qui pousse l'abbaye de Saint-Victor à Auriol ? (1)En 1170, le château de Peypin fait l'objet d'une contestation entre deux coseigneurs d'Auriol.


D'un côté, Pierre Brémond, descendant de Boniface de Reillanne. Il a émigré sur le territoire de Solobie et a construit un château sur une éminence couverte de pins (Podium pini, en latin ; la photo ci-contre où l'on aperçoit les tours et une courtine en ruine ; notons le beau travail de mise en valeur par la ville ; au XIIe siècle, point de clocher paroissial mais vraisemblablement une chapelle castrale).
De l'autre côté, un fonctionnaire, B. de Lambisque, prieur d'Auriol, c'est-à-dire représentant du seigneur en titre, l'abbé de Saint-Victor. Ce dernier reproche au premier la construction d'un édifice sans son autorisation ! C'est qui le maître ?

Ce procès illustre parfaitement un curieux phénomène constaté dès la naissance de la féodalité en Provence : la détermination de conquête de la seigneurie d'Auriol par l'abbaye marseillaise. Pierre Brémond s'expatrie à Peypin et Bertrand d'Auriol (bientôt "de Roquevaire"), son cadet, fait de même et "construit" aux Roches grises (Rocca Veira, en latin).

Mais qu'est-ce qui pousse la puissante abbaye à vouloir à tout prix posséder toute la seigneurie d'Auriol ? Nous tenterons d'alimenter cette question par une série d'articles à venir. La seule évocation de ce procès ne répond pas, bien-sûr, à l'épineuse question. En revanche, elle apporte ce qu'il faut bien appeler par son nom : une preuve de plus de la hardiesse de l'Abbé marseillais.

Le roi Alphonse d'Aragon, comte de Barcelone, marquis de Provence, rend en personne la sentence d'un prudent arrangement à l'amiable... Sa lecture est riche d'enseignements (je l'ai traduite en tentant de l'approcher du français contemporain ; les latinistes classiques me pardonneront).


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"Que tous sachent, hommes futurs et présents, que moi, Ildefossus, roi d'Aragon, comte de Barcelone et marquis de Provence par la grâce de Dieu, avons réglé à l'amiable les revendications et controverses soulevées entre B. de Lambisco, prieur de la vallée d'Auriol, et Pierre Brémond d'Auriol, après avoir entendu leurs allégations et preuves.

"Dans ma cour et en présence de mon frère Pierre (aussi appelé Raimond Berrogatius, comte de Provence), de Guidone Guerreiat et de ses assesseurs, ce conseil étant reconnu de toute ma cour, le prieur demandait et réclamait à Pierre Brémond le château de Peypin, que ce dernier avait récemment fait construire sur une éminence du territoire du château de Solobie.

"Le prieur affirmait que la moitié du territoire et de l'éminence lui revenaient. Sur ce point, il a apporté des preuves suffisantes.

"De même que, alors que Pierre commençait à faire construire le château, le prieur de la vallée d'Auriol le lui interdit et lui dénonça fréquemment la nouvelle construction. Sur ce point, il fournit des preuves suffisantes.

"Par cette sentence, il est déclaré et jugé que le château de Peypin doit être détruit de fond en comble.

"Au contraire, Pierre réclamait au prieur certaines possessions près de l'église de Saint-Zacharie. Il affirmait qu'il avait une donation sur la villa de Savart.

"Sur ces doléances et toutes ces revendications soulevées entre eux, après avoir complètement, comme cela a été dit, entendu les allégations et preuves de chacune des deux parties, nous imposons cette transaction amiable :

"A savoir que :

"En faveur de Pierre Brémond :

- ce que le prieur avait dans le territoire de Solobie et dans le château de Peypin, cela dans sa totalité, selon la volonté et avec l'accord du monastère de Marseille, nous l'assignons à Pierre Brémond, à l'exception de ce que, dans le territoire, il possédait comme maison (demeure ?) donnée à titre d'aumône ou qu'il devait avoir. En effet, cette aumône précitée, nous la laissons spontanément sous la donation cependant de Pierre (voyez dans le lexique d'Auriol-en-Provence ce qu'est l'aumône).

- De même, quant à ce que le prieur possédait dans le territoire du château d'Auriol, depuis le vallon de la Treille, tourné vers le château de Peypin et tourné vers la villa de Gradascha (Gréasque), de la même façon nous l'assignons à Pierre. Le ruisseau du Merlançon termine et sépare le territoire de Solobie et d'Auriol (ce ruisseau part du puits Léonie, à côté du quartier Saint-Joseph, à Cadolive, traverse Valdonne, Souque Nègre, La Destrousse et rejoint l'Huveaune à Pont-de-Joux ; on ne le verra bientôt plus, recouvert par le béton...).

"En faveur de l'abbaye de Saint-Victor :

- De même, par effet inverse, ce que Pierre avait ou devait avoir, de droit, dans le château d'Orgnon (à Saint-Zacharie) et sur le territoire de ce même château, ou n'importe quelle personne à la place de celui-ci ;
- de même ce que, de par l'usage, il devait avoir dans l'église de Saint-Zacharie ;
- de même ce qui, de droit, était dans la villa de Savart (à Saint-Zacharie), dans le territoire d'Auriol (depuis l'endroit appelé Saleta-le-Haut, étant tournée vers Savart et vers l'église de Saint-Zacharie, d'où s'écoule le fleuve Huveaune et spécialement l'éminence de Carians qui est au-dessus de la villa de Saint-Pierre), tout cela de droit plein et intact, ce qui est cultivé et ce qui ne l'est pas, moulins, eaux et forêts, nous l'assignons au monastère de Marseille pour toujours.
- De même, quant à ce que Brémond de Torreves (Tourves), ou ses successeurs, avaient depuis Saleta-le-Haut, à l'intérieur des limites précitées, ou n'importe qui à leur place, Pierre Brémond doit le donner et le transmettre et faire en sorte que le monastère soit en état de posséder la charge honorifique précitée dans une paix perpétuelle.

"Et s'il ne s'exécutait pas, selon le jugement de l'abbé de Marseille, quel qu'il soit, dans un délai d'un mois à partir du moment où cela lui aura été réclamé, Pierre devra donner spontanément quelque chose à posséder en échange et équivalent dans la vallée d'Auriol.

"A ceci s'ajoute que les fiefs militaires dans les lieux échangés, de même qu'ils étaient libres jusqu'à ce moment, de même ensuite, resteront libres, malgré le changement de maîtres, cependant, tout en restant à la fidélité et au service de leur maître. Mais il est possible pour les maîtres, s'ils le veulent, de "convertir" dans leur intendance les possessions des paysans et les propriétés rurales.

Engagement de Pierre Brémond.

"Moi, Pierre Brémond, je confirme et je loue cette transaction et je cède au monastère de Marseille les possessions des biens précités et tout mon droit et mon droit de propriété. J'en fais la confirmation à mes frères et à mon épouse (voyez l'article sur les seigneurs d'Auriol). De bonne foi et sans fraude, je me montrerai le défenseur de tous ces biens et l'aide selon mon pouvoir. Qu'ainsi Dieu m'assiste et les saints Evangiles.

"Acté l'an mille cent soixante dix-sept de l'incarnation de notre Seigneur, au mois de mai, le sixième jour après la fête de l'ascension du Seigneur, dans la ville d'Aix, en présence de la cour des nobles, de G. assurément sans doute, Guereiat, procurateur de Provence, A. de la villa Mulus, G..."

L'abbaye vient de gagner une bataille. Voici un descendant des Reillanne "expulsé" à Peypin tandis que Bertrand le cadet s'expatrie à Roquevaire. La machine est en route...
Tags : Saint-Victor, Religion
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#Posté le mardi 02 février 2010 10:14

Modifié le dimanche 13 mars 2011 10:23

Les SEPULTURES GALLO-ROMAINES du QUARTIER SAINT-PIERRE

Les SEPULTURES GALLO-ROMAINES du QUARTIER SAINT-PIERREAu quartier Saint-Pierre d'Auriol, de mystérieuses sépultures ont été mises à jour. La tegula conservée depuis 2006 au musée MARTIN-DUBY constitue un remarquable vestige de la romanisation de la vallée de l'Huveaune.

(Retrouvez ce sujet en entier dans AURIOL-EN-PROVENCE, tome I, disponible à la mairie : 04 42 04 70 06).

En 1957, 7 corps sont trouvés à l'occasion de travaux. Des tuiles romaines plates à rebord les recouvrent en guise de cercueil. Les corps, "tous sans tête, placés en rayon, entourent un corps central plus grand" (d'après CADIOT), rappelant les sépultures des martyrs chrétiens de l'Antiquité. Cette disposition indiquerait la fin du Ier siècle –début du IIe siècle et recouperait la datation des tuiles. Elle fait aussi penser au monogramme de l'autel aux XII colombes.

L'existence des 7 corps en étoile n'a malheureusement pas été constatée scientifiquement. Aucune preuve n'étaye l'alléchante thèse rapportée par l'abbé CADIOT. En revanche, une équipe du groupe archéologique d'Aix-en-Provence, sous la direction de Bernard POUYE, se rend sur place les 14 et 31 mars 1964.


Sept corps sans tête ?

Les archéologues interrogent les témoins des découvertes. Le bulldozer a, en grande partie, détruit les tombes mises au jour sept ans plus tôt. D'après POUYE, rien ne permet de retenir l'opinion selon laquelle les corps auraient été enterrés sans leur tête. En ce qui concerne la disposition des tombes, elle n'a pu évidemment être vérifiée avec exactitude. Seuls des fragments de tegulae sont restés en place. En examinant les alentours immédiats, 2 autres tombes sont découvertes.

Les ossements de la première sépulture sont bouleversés et en mauvais état. Le sarcophage était constitué de deux rangées de tegulae inclinées en forme de toit et d'imbrex (tuiles rondes) en faîtières. Aucune tegula ne formait le fond, le corps étant déposé à même la terre.

Le deuxième sarcophage, en tegulae et imbrices, était construit de façon plus complexe que le précédent. Les deux extrémités, à la tête et aux pieds, étaient fermées par une tegula placée verticalement et chaque joint, entre les tuiles formant toit, était recouvert d'une imbrex. Particularité que Bernard POUYE avoue n'avoir jamais observé ailleurs. A la hauteur des pieds, l'imbrex faîtière était remplacée par une tegula placée horizontalement. Les ossements, comme dans la première, étaient en désordre. La tête a pu être récupérée intacte.

Un troisième corps avait été déposé à l'extérieur au sarcophage de la deuxième tombe, au long du côté droit, dans l'espace compris entre les tegulae latérales et la paroi de la fosse. Ce squelette, en très mauvais état, laisse cependant voir la boîte crânienne.


Les tegulae

Les tuiles plates qui ont servi à constituer ces sépultures portent en général des marques (voir photo). On peut noter que sur les dix tuiles de la première tombe, sept portent une marque en forme de V, alors que cette marque n'apparaît pas sur les onze tuiles de la seconde sépulture qui sont en forme de demi-cercle, de cercle ou d'alpha.

Les tegulae du quartier Saint-Pierre ont une couleur rouge plus vive que celles de la région d'Aix. Leurs dimensions vont de 35 à 38 cm de large, pour 50 à 53 cm de long.


Un site bien plus important qu'on le croit...

Le site de Saint-Pierre est bien plus important pour l'archéologie qu'on le croit. Ces tombes de l'aube de l'ère chrétienne, un autel paléochrétien bien connu et les substructions de la basilique Saint-Pierre datant de la réforme grégorienne cachent vraisemblablement une crypte transversale destinée à l'adoration de reliques (2 ou 3 vertèbres de "Saint-Pierre" ou de "saint Victor") que BARGES dit avoir vues.
 
Il faudra bien un jour aller voir...
Tags : Saint-Pierre, Antiquité, Religion
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#Posté le jeudi 19 avril 2007 10:58

Modifié le jeudi 08 décembre 2011 20:57

La basilique Saint-Pierre d'Auriol

La basilique Saint-Pierre d'Auriol
L'édifice cultuel du quartier Saint-Pierre à Auriol, consacré au culte de son éponyme suite à la réforme grégorienne, existait déjà sous l'Antiquité. De nombreux auteurs, bien avant moi, se sont plu à le démontrer.
Ci-contre
Chapiteau de colonne de l'église médiévale de Saint-Pierre d'Auriol
d'après F. FIRMAT
Ornement de feuilles d'acanthe en style corinthien
La présence de formes géométriques simples
et rustiques (losanges et carrés)
rendent plus crédible sa filiation romane
 

VILLENEUVE (1) dénombre treize villae rusticae dans la moyenne vallée de l'Huveaune, dont celle de Saint-Pierre. Cette... antiquité du site est confirmée par l'archéologie. En 1831 (et non 1851 comme je l'ai écrit avant 2009), François RABIER, maire d'Auriol de 1830 à 1836, possède le bâtiment et y découvre des vestiges. "Nous l'avons vu déterrer des murs, des tuyaux de plomb, un pavage et une mosaïque" (Frères BOSQ).

D'après la Revue de Provence (tome 2, p. 297 ; octobre 1830), "ce fut le 16 février dernier (en 1830 dit la revue de Provence mais la Société de Statistique de Marseille, dans son compte-rendu des travaux pendant les années 1831 et 1832, Marseille 1833, p. 43, dit que c'est en 1831 ; ce que je crois) [que la mosaïque] fut trouvée (...). Elle fut mise à découvert le 3 mars aux frais de M. RABIER qui surveilla lui-même les travaux. Ce jour-là, MM. BOSQ frères écrivirent à M JAUFFRET , bibliothécaire de Marseille, et l'engagèrent à se rendre sur les lieux (...). MM. TOULOUZAN, HOBET, MATHERON et JAUFFRET se rendirent à Auriol le jeudi suivant et passèrent la journée à étudier la mosaïque dont M. RABIER leur fit les honneurs. M. MATHERON la dessina sur les lieux-mêmes, toute le population du pays s'y était portée". Le journal dit encore que le ministre de l'Intérieur devait la venir visiter en mai. Le fit-il ? Mes sources ne le disent pas. JAUFFRET a écrit une notice sur cette mosaïque.

L'aquarelle de Gustave BOSQ (Auriol-en-Provence,tome I, p. 67), montre le sol d'une des pièces couvert par une mosaïque d'environ 6 m. sur 8. "La partie du centre de la mosaïque" était "dégradée", "ce qui enlève à ce monument ce qui aurait le plus contibué à faciliter son explication" (Revue de Provence, ib.). BOSQ, PAPON et BARGES concluent qu'il s'agit de bains.

Plus loin, "un délubre, objet de l'idolâtrie de nos anciens celtes Albiciens (...) présente cinq niches qui ont sans doute contenu cinq idoles, le tout taillé dans la pierre" (BOSQ).

Une inscription latine complète la mosaïque. L'épitaphe était enchâssée dans le 3° pilier, au dehors, côté sud de l'église du XIe siècle. Dans une lettre envoyée en juin 1775 à SEGUIER (2), on lit, de la main de PAPON, "la chapelle de Saint-Pierre d'Auriol a un air véritablement antique. Il y avait, dit-on, des inscriptions, mais en les faisant reblanchir on les a cachées. Celle que je viens de rapporter est au dehors, dans le troisième pilier du côté de midy".

Cette inscription fut signalée en 1824 par les BOSQ : "de cette villa, il existe un reste de muraille et un fragment d'inscription (transmis par TRABAUD, leur successeur, au Musée de Marseille) :
/ / / / / / / / / / / / / A I / / CI
CAECILIAE. EVPHRAE
NUSAE


Rédigée sur trois lignes, le début de cette citation est illisible et c'est Camille JULLIAN qui se risqua (3) à tenter l'identification (AI / / CI) ici restituée. On peut l'évaluer au Ier – IIe siècles (J. GASCOU).

L'église paléochrétienne de Saint-Pierre

L'antiquité de Saint-Pierre d'Auriol n'est donc plus à démontrer. Le vocable Saint-Pierre, pour désigner ce lieu, n'apparaîtra cependant officiellement qu'en 1044 (Cart. de Saint-Victor ; voir annexe 2, AURIOL-en-PROVENCE, tome I ).
D'après SABATIER, "l'ancienne chapelle de Saint-Pierre d'Auriol appartenait dès le IVe siècle ou Ve siècle aux Cassianistes, dont elle relevait encore à la Révolution. Les moines cassianistes de Saint-Victor l'auraient rebâtie avant 450, sur les ruines de la villa romaine signalée par VILLENEUVE. "Le style de ce monument accusait une époque très reculée. Les matériaux avec lesquels on l'avait édifié provenaient de quelque temple romain (4). Car il y avait beaucoup de pierres sculptées, des tronçons de frise et, sur un des murs, se trouvait une inscription" (5).

Au XIXe siècle, la chapelle médiévale constituait encore le coeur de la paroisse d'Auriol. "Elle était entre Auriol, les Tourraques et le hameau des Lagets", sur la rive gauche du ruisseau des Barres, quelques mètres avant la confluence avec l'Huveaune. "Ceux (des Lagets) y accédaient en franchissant (ce fleuve) au pont de GUYON, dont on voit encore les traces" (BOSQ, 1854). "Du vieux pont" (le pont de Guyon ?), dit BARGES, "on voyait encore en 1850 un reste de culée face à la chapelle". Les frères BOSQ la désignent, "sans scrupule, comme un monument du VIe siècle".

Le matériel archéologique, présumé postérieur à l'Antiquité, retrouvé sur place, confirme cette assertion :
- un dallage composé de "carreaux de forme hexagonale allongée (L : 20 cm ; l : 14 cm ; ép. 5,8 cm)" (ib). En 1633, une partie de la chapelle fut édifiée et on y effectua des réparations (Arch. com., folio 138 et 141). Le dallage était-il encore en place ? Les sources citées ne le disent pas ;
- deux tables d'autel dont l'une, paléochrétiene, laisse supposer que "la chapelle a dû servir aux premiers Chrétiens, dans un temps où ils étaient obligés de pratiquer en secret les cérémonies du vrai culte (avant l'édit de Milan (313) de l'empereur Constantin Ier ?). Cet autel était dans un souterrain (crypte ?) où l'on descend encore par un escalier. On a même découvert des traces d'un chemin voûté (déambulatoire ?) qui conduisait à ce souterrain".


Chronique médiévale de Saint-Pierre

Comme leurs prédécesseurs grecs et romains, les moines cassianistes de Saint-Victor remontent l'Huveaune et créent, à Auriol, une basilique avec un autel dédié à saint Pierre, à l'endroit où jaillit une source du même nom. Le bâtiment est élevé au moyen des pierres et autres appareils de l'ancien temple païen. L'édifice et le "couvent" semblent fonctionner jusque leur premier effondrement, que l'on attribue traditionnellement aux Sarrasins. En 1044, l'évêque de Marseille, Pons II, envoie à Saint-Pierre d'Auriol des moines grecs. Il a décidé de remettre en ordre son évêché et de reconstruire les églises, dont celle de Saint-Pierre d'Auriol. Quelques années plus tard, il décide cependant de se séparer de l'autel de Saint-Pierre. Les moines grecs se retirent au Castéou qui devient... le Plan des Moines.
En 1070, Pons II échange Saint-Pierre et son autel contre Les Pennes avec Bernard, abbé de Saint-Victor. Le 4 juillet 1079, le pape Grégoire VII confirme la possession de presque tout le territoire d'Auriol, dont l'église de Saint-Pierre, près du castrum d'Auriol.
En 1113, le pape Pascal II reconnaît à l'abbaye de Saint-Victor le droit de posséder le couvent de Saint-Pierre, la paroisse du château et la chapelle. Ce texte prouve que la paroisse du château, et donc d'Auriol, a son église au quartier Saint-Pierre, éloigné de 2 kilomètres. L'abbé de Saint-Victor délègue un représentant, à Auriol, qui prend le titre de prieur. Le couvent de Saint-Pierre devient un prieuré. Dès 1250, celui-ci se fait représenter à son tour par des prêtres séculiers. Les vicaires sont en place. L'église de Saint-Pierre d'Auriol perd de son importance, accompagnant la chute de la féodalité (l'abbé est co-seigneur d'Auriol) et la montée en puissance des communautés (villes). A la fin du Moyen-âge, elle est quasiment abandonnée. Le culte ne semble plus célébré que le dimanche et les jours de fêtes.


Description

Orientée est-ouest, elle s'élève au-dessus d'une plate forme et d'une crypte voûtée, soutenue par des colonnes. BARGES en fait une description détaillée (La Voix de Saint-Pierre, juillet 1967) : "Bâtie sur un terrain en pente du côté du midi, elle avait la façade tournée à l'occident, tandis que son abside regardait l'Orient. Une porte cintrée, au centre de la façade, donnait entrée dans le temple qui n'avait qu'une nef, longue de 25,50 m sur 8,55 m de large (on la retrouve sur le cadastre napoléonien - 1830 - en face de la source et du pont romain)".
"Le toit s'élevait en dos d'âne. Les façades latérales étaient munies de distance en distance d'épais contreforts qui montaient jusqu'à la naissance du toit. Deux fenêtres carrées s'ouvraient sur la façade latérale, l'une dans l'abside, l'autre près de l'angle du mur, à l'extrémité opposée. L'intérieur de l'édifice n'était éclairé que par ces deux fenêtres, et par une rosace au fronton, au-dessus de la porte et de la niche de saint Pierre. Le chevet de l'église, ou abside, arrondi en hémicycle, et construit en pierres de taille polies (réemploi provenant de l'ancien temple païen) était sillonné dans sa hauteur de longues bandes en forme de fenêtres cintrées, creusées dans l'épaisseur du mur". S'agit-il des niches signalées par BOSQ ? : "Dans sa curieuse forme et jolie tournure, un délubre (...) présente cinq niches qui ont sans doute contenu cinq idoles, le tout taillé dans la pierre".
"A l'intérieur, le haut de l'édifice était arqué et s'arrondissait en voûte. Deux anges grossièrement sculptés étaient encastrés dans le centre de la voûte et étendaient leurs ailes à droite et à gauche".
"A l'extrémité de la nef et dans l'abside, on voyait une crypte creusée au-dessous du sol et, où l'on descendait par 4 ou 5 degrés. L'ouverture qui y donnait entrée faisait face à la porte de l'église. Comme elle occupait tout le fond de l'abside, elle en affectait la forme semi circulaire, et comme elle, elle était voûtée. Deux colonnes de marbre blanc, à distance l'une de l'autre de 2 mètres et placées au centre de la crypte soutenaient la voûte, en même temps qu'elles embellissaient l'intérieur de ce vénérable sanctuaire. Cette voûte, qui s'élevait de 4 mètres au-dessus du sol primitif, était recouverte d'une plate-forme très épaisse à laquelle on accédait par deux escaliers de part et d'autre. C'est au centre de cette plate-forme, ou sanctuaire supérieur, qu'était dressé le nouveau maître-autel. Une balustrade en bois régnait sur le bord de cette espèce de tribune sacrée, entre les deux escaliers".

Dans le sanctuaire supérieur existait un autel roman en calcaire local, jusqu'en 1826 (6). D'après les frères BOSQ, il fut utilisé en matériaux de reconstruction pour servir de pierre de seuil à une maison près de l'église paroissiale du centre. Ils en récupérèrent un fragment qu'ils conservèrent jusqu'à leur mort (voir croquis de BARGES, op.cit, pp. 68 et 72).


Un pèlerinage à Saint-Pierre d'Auriol ?

Cette longue description démontre l'existence d'une crypte souterraine. De part et d'autre du chœur aérien, deux escaliers symétriques permettent, pour l'un de descendre, pour l'autre de remonter de la crypte après y avoir adoré... des reliques conservées là. Car l'architecture de cette crypte dénote clairement sa fréquentation par la foule des vivants. L'époque romane (fin Xe siècle - seconde moitié XIIe siècle) montre un phénomène évident d'engouement pour les pèlerinages vers les tombes saintes. Et celle de Saint-Pierre d'Auriol en est une. Les pèlerins y viennent accomplir le rite préchrétien de la circumambulation autour de la châsse vénérée. Comme, d'une part, en Europe occidentale, la tombe sainte se trouve obligatoirement sous l'autel principal et que, d'autre part, ce rite païen ne peut s'exécuter dans le sanctuaire même de l'église, les fidèles en sont réduits à déplacer leur dévotion populaire. Or nous savons que l'église renfermait des reliques. Ce sont elles que l'on adorait de cette façon. Dès l'époque préromane, période de l'apogée de l'enthousiasme pour les sanctuaires inférieurs, des pèlerinages ont lieu à Saint-Pierre d'Auriol. C'est là qu'étaient déposées les reliques que BARGES dit avoir vues. Ce qui paraît étayer davantage encore cette thèse, c'est l'existence invariable de deux escaliers symétriques communiquant avec l'église supérieure. L'un, probablement celui du nord était pour la descente, et l'autre pour la remontée. Ainsi, le rite circulatoire pouvait s'accomplir. Les fidèles passaient, d'un escalier à l'autre, devant les reliques placées sur un autel, sous la voûte orientée, entre les deux colonnes, soit par un couloir rectiligne (crypte transversale), soit par un couloir en demi-cercle (crypte à déambulatoire). Les archéologues auriolais ne précisent pas le type de la crypte de Saint-Pierre d'Auriol mais tout porte à croire à une crypte transversale et confirme l'adoration locale de reliques.
La chapelle de Saint-Pierre d'Auriol est restaurée (charte de 1044) à l'initiative de Pons II, évêque de Marseille, suite au retour de la paix, grâce à l'éviction des Sarrasins.


Des reliques à Saint-Pierre ?

Le 29 juin 1791, les murs de l'ancienne église furent vendus (Bien national) à François CAILLOL, paysan à Auriol. Il les transforma en grange et y vécu avec sa famille, dans l'angle sud (le bâtiment, on l'a vu, fut détruit en 1830). BARGES écrit que CAILLOL "respecta la crypte et le sanctuaire supérieur", mais, surtout, "qu'il gardait, non sans vénération, une boîte en plomb trouvée sous la pierre sacrée du maître-autel, et qui, selon la tradition, renfermait des reliques sacrées de saint Pierre" : deux fragments d'os de la colonne vertébrale. "En rêvant un peu, ne serait-ce pas deux vertèbres cervicales détachées, le soir de son martyre, de la tête du saint Victor marseillais (décapité à Marseille en 310)?".

A moins qu'il y en ait eu trois. ALBANES (Journal paroissial, Les bénédictines de Saint-Zacharie) affirme que les femmes souhaitant avoir des enfants allaient en pèlerinage à la Sainte-Baume, "après avoir vénéré, à Saint-Pierre d'Auriol, les 3 vertèbres de saint Pierre". "Ces vénérables reliques, que j'ai vues moi-même", ajoute BARGES (1810-1896), "étaient enveloppées dans un ancien corporal, et accompagnées d'un procès-verbal dressé en 1725 (...), à la mort du premier acquéreur".


Voici ce que l'on sait de Saint-Pierre d'Auriol (voyez aussi les sépultures gallo-romaines de Saint-Pierre d'Auriol et l'autel aux XII colombes).

Il reste cependant beaucoup à exhumer - ou à réexhumer - comme les croquis oubliés de F. FIRMAT tendent à le démontrer (chapiteau de colonne de l'église médiévale de Saint-Pierre d'Auriol). FIRMAT a beaucoup dessiné pour la mémoire historique, archéologique et, bien-sûr, cultuelle d'Auriol. Gageons qu'une publication future saura bientôt nous restituer toute son oeuvre dans toute sa splendeur...
____________________________

NOTES:
(1) Statistique des Bouches-du-Rhône, 1820 ;
(2) Conservée à la bibliothèque municipale de Nîmes, ms. 13816 ;
(3) Inscriptions de la vallée de l'Huveaune, p.18, chez Savigné, Vienne 1886 ;
(4) Voyez , dans AURIOL-en-PROVENCE, tome I, p. 101, le tronçon de colonne publié pour la première fois ; en haut à droite ;
(5) D'après SABATIER, 1872, cité par C. JULLIAN ;
(6) Evalué d'après les motifs scripturaux au XIe siècle ; notice d'Y. NARASAWA.


Illustration F. FIRMAT. Texte d'après Auriol-en-Provence tome I (c) Bruno CARPENTIER. Reproduction interdite. Copier/coller c'est voler. Demander, c'est gagner
Tags : Religion, Saint-Pierre
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#Posté le dimanche 14 octobre 2007 10:22

Modifié le mardi 13 décembre 2011 01:40

Autel paléochrétien : les XII colombes de Saint-Pierre (Auriol)

Autel paléochrétien : les XII colombes de Saint-Pierre (Auriol)
En détruisant la plate-forme de l'église médiévale (1830), François RABIER, maire d'Auriol (1830-1836) trouva la table d'un autel orné de XII colombes (1), dans un massif de maçonnerie (L : 101 cm ; l : 58 cm, ép. 11 cm, marbre blanc, évaluée au Ve –VIe siècles).

Cette table est vraisemblablement celle de l'autel primitif de la première église (paléochrétienne). Sa ressemblance avec l'autel primitif de l'abbaye de Saint-Victor est flagrante et "permet de se demander si la première église n'a pas été fondée par la seconde, si les disciples de saint Cassien n'ont pas exercé une influence directe dans la vallée" (2).

Elle est aujourd'hui conservée au musée GRANET, à Aix-en-Provence. Un beau moulage est cependant visible au musée MARTIN-DUBY, à Auriol.

La face avant présente un chrisme cantonné de l'alpha et de l'oméga dans un cercle encadré de deux groupes de six colombes (fig. 1).

Les deux faces latérales montrent deux rinceaux de vignes chargées de fruits s'échapper d'une coupe de bénédiction (fig. 2).

La table est creusée en cuvette (prof 2,5 cm). Au revers, une cavité centrale ronde (30 cm de diamètre, 4 cm de prof.) recevait vraisemblablement une colonne support (fig. 3).

Le fond de la cuvette originale comporte deux groupes de graffiti quasiment invisibles :
1) + REGE BERTOA / MAGNA RIOCIL / dEARUgTo / RAMALDUS / GodBRASmo pomIA / STEFANUS ;
2) + REgE KARLO / BYSARdA / ARdRAdVS / LEodda / ELdradus / AdALSIndA.
(fig. 4)

L'interprétation de ces graffiti est hasardeuse. Je m'y tenterai cependant et imaginerai une indication chronologique suivie du nom des dédicants.
Ce qui donnerait :
1) Sous le règne de Bertoa : Riocil le grand, Dearugto, Ramaldus Godbrasmo pomia (?) et Stephanus ;
2) Sous le règne de Charles : Bysarda, Ardradus, Leodda, Eldradus et Adalsinda
.

En regardant bien les deux groupes de graffiti, on note que le premier, horizontal et rédigé sous le règne de Bertoa, précède manifestement le second, gravé sous le règne de Charles. Les auteurs de ce dernier ont été obligé d'écrire dans l'autre sens, en taille plus petite, et de s'imbriquer dans le dernier dédicant (Stéphane).

Ceci me permet d'affirmer que le premier groupe a été gravé en premier, entre 744 et 768, et le second plus tard, entre 768 et 814.

Pourquoi ?

Parce que la Bertoa de l'autel paléochrétien n'est autre que Berthe au long pied (3), mère de Charlemagne. Fille du comte de Laon (Caribert II), elle devint reine des Francs en épousant Pépin III le Bref. Elle fut donc bien reine (744-768).

Quant au Karlo du second groupe de graffiti, il s'agit d'un des deux fils de Berthe : Charles Ier dit Karolus Magnus, Charlemagne (768-814)...

Voici donc une interprétation personnelle qui prouverait que l'autel paléochrétien au chrisme et XII colombes existait bel et bien au VIIIe siècle et qu'il ne s'agit pas d'une pâle copie des XIe ou XIIe siècles comme il y en eut trop.

--------------------------------------------------

Txt BC ; illustr. (c) F. FIRMAT.
NOTES :
(1) A ne pas confondre avec l'autel roman trouvé aussi dans l'église Saint-Pierre d'Auriol, mais évalué au XIe siècle par Y. NARASAWA. Voir §. Chronique médiévale de Saint-Pierre dans Auriol-en-Provence, tome I.
(2) Petite Histoire d'Auriol, René VERRIER, p.8).
(3) ou Bertrade.


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#Posté le vendredi 19 octobre 2007 15:35

Modifié le mardi 13 décembre 2011 08:30

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